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                   Hot for Teacher: chroniques du Hellfest 2015.

Par Thorfyn.    #hellfestreport.

Jeudi: sous le bitume, le Metal !

   Preuve du succès incontestable du Hellfest qui se joue pour la deuxième année consécutive à guichet fermé, ce sont des bouchons qui nous accueillent de Mouzillon jusqu'à Clisson (deux bonnes heures pour faire les 10 derniers kilomètres, se garer, rejoindre le site, se faire poser les bracelets et rejoindre les tentes): heureusement que la solidarité entre copains partis en éclaireurs pour installer le bivouac au Red Camp nous a permis de parer à la surpopulation du camping. La densité atteint par endroit celle du métro japonais aux heures de pointe ! Il faut dire que nous seront encore environ 150 000 festivaliers, bénévoles et salariés à fouler pendant 4 jours les terres du muscadet pour nous enivrer de flots de décibels !

   A l'occasion des retrouvailles avec la team normando-banlieusarde et nos alliés bretons du Motocultor 2014 ainsi que mon compère Feufollet de Dark Skies Radio (une fois encore, nos live report ont réveillé vos neurones... et pas que ça !), nous rendons hommage à Bacchus, mais mes agapes demeurent raisonnables, mon expérience des neuf éditions précédentes m'ayant inspiré cette sagesse de vétéran des festivals: "Qui veut aller loin ménage sa monture "!!!

Vendredi: Brace yourselves, Hellfest is coming !

   Premier constat, la déco a encore été renforcée (n'en déplaise aux vandales culs-bénis dont les pitoyables dégradations nocturnes n'ont pu stopper la mise en place du barnum voulu par Ben Barbaud !), amplifiant le côté ''Disneyland'' du Metal, évolution qui a ses partisans et ses détracteurs. Constatons en tout cas que les investissements massifs ont permis de poursuivre la politique de rationalisation du site: Altar et Temple sont enfin séparées, elles ont été équipées d'écrans extérieurs conjointement à la Valley, et toutes les trois se présentent désormais sous la forme de hangars à avion, ouverts sur l'arrière avec des côtés partiellement ajourés (offrant le double bénéfice de l'aération et de l'ombre - ce qui est un réel plus par les températures caniculaires que nous avons connues ces deux dernières années). Ces écrans évitent la frustration pour ceux qui ne peuvent entrer dans les tentes quand elles sont blindées (ex: Clutch en 2014). L'herbe est drue (ce qui permet plus de confort quand on veut se poser et moins de poussière lors des déplacements de foules), les allées sont bien marquées et gravillonnées, certains points stratégiques sont même cimentés - ce qui évitera que le site se transforme en bourbier en cas d'intempéries (cf. le syndrome Verdun en 2007 !). On a presque l'impression d'être dans un square, mais ça change agréablement du champ à patates ou de la mare de boue de certaines éditions précédentes.

   10h30: Ce sont Messieurs les Français qui tirent les premiers (les champs de batailles musicaux inversent les habitudes historiques), en l'occurrence GLOWSUN, combo de Stoner psyché au son bien lourd mais planant (un paradoxe typique de ce genre de zic enfumée), déroulant de longues plages instrumentales gorgées de fuzz et de wah-wah. Premier groupe de la journée et déjà une belle découverte, à savourer plus longtemps une prochaine fois !

   Je retrouve miraculeusement mon Bunny Bro' (bon, en même temps, un type qui se ballade avec un long manteau de cuir bordeaux par cette chaleur...) autour d'une bonne pipe - de Saint Claude ;-). L'occasion de tester le système cashless - carte de paiement sans code préchargée évitant les jetons: à cette heure et aux banques à côté de la grande roue, ça nous prend moins de 5 minutes ! On se pose à l'ombre d'un arbre (ce qui deviendra mission impossible quelques heures plus tard) dans le frais gazon, un privilège qui n'est possible que parce que l'assistance est encore éparse en cet horaire somme toute encore ''matinal''.

   Les frenchies de STICKY BOYS balancent déjà leur Hard Rock graisseux et plein d'entrain sur la Mainstage 2 qu'ils sont très contents d'étrenner pour les 10 ans du Fest. Leur musique donne toujours envie de ''taper du chausson" (expression made in Vince, tous droits réservés). Les scènes principales donnent sur un espace plus vaste et plus ouvert, l'essentiel de la restauration ayant désormais un espace dédié à l'entrée (changée en véritable cathédrale où le dur a remplacé la toile). On constate que les écrans de scène ont été habillés de décors façon ''foire du trône'', ce qui là aussi fera débat. Perso, je les trouve un peu kitch, mais ça donne une identité visuelle unique à l'ensemble (qui est cependant beaucoup plus esthétique quand la nuit tombe et que les éclairages le rendent moins cartoonesque). Le son est déjà trop fort, même très en arrière de l'action, mais il sied très bien à notre version française de AIRBOURNE (ma consoeur Caro doit déjà s'en pourlécher les babines). Et ils quittent les planches en dansant sur de la New Wave, comme des p'tits cons fiers de leur bonne blague ! Ils sont suivis par les compatriotes de NO RETURN, les vétérans de la scène Thrash / Death hexagonale toujours aussi motivés qu'efficaces.

   La curiosité nous pousse ensuite sous la Altar, devant le duo BöLZER. C'est dingue l'intensité qu'ils dégagent, surtout l'impressionnant chanteur-guitariste dont le torse est intégralement tatoué, délivrant une prestation death tour à tour habitée ou torturée. Suit la première visite sous la Temple mitoyenne, et on reste dans le groupe français avec ARGILE, le side project de SAS de l'Argilière et de Jean Jacques Moréac, qui pour le coup tient la guitare (avec autant de virtuosité qu'il gère la basse dans son groupe d'origine). Le frontman, toujours théâtrale, arrive masque à gaz sur le visage, mais alterne avec toujours autant d'aisance les vocaux plaintifs, déclamatoires ou death. La musique  est un peu plus doom / heavy que celle de MISANTHROPE, mais elle est exécutée avec autant de professionnalisme, la charmante bassiste - très technique - apportant une touche de fraîcheur à l'ensemble.

  

   On revient vers les Mainstages, malheureusement lors des dernières notes d'EBONY jouées par les nationaux de VULCAIN, mais à temps pour une traditionnelle "Digue du Cul" reprise  en choeur par une audience potache. Changement radical d'ambiance avec les thrasheurs anglais de SYLOSIS, à la musique très clinique mais efficace, leur devise semblant être ''tout à fond" ! Mais ils n'hésitent pas non plus à s'aventurer dans des vocalises plus extrêmes. Les mélodies restent cependant accrocheuses et le niveau technique assez élevé. Les passages les plus rythmiquement plombés font d'ailleurs penser à MEGADETH, ce qui déclenche fort logiquement les premiers circle pits de l'après midi.

   On se calme d'un coup devant la musique planante de SAMSARA BLUES EXPERIMENT: tout est dans le nom du groupe, à réserver aux plus zens des spectateurs du Hellfest (et/ou ceux qui comme moi aiment les soli de guitares complètement astraux) avec un côté Led Zep' pas dégueu ! On change encore radicalement de monde avec le Trve Black d'ENTHRONED, des Belges qui sont visiblement très en colère et le font savoir sur le plan musical: brutal ! Le batteur, très linéaire mais fort carré au demeurant, a quand même l'air de se faire un peu chier... Par contre, les passages incantatoires sont vraiment prenants.

      Nous quittons ensuite les effluves de weed annonçant l'entrée en scène de TRUCKFIGHTERS pour nous installer aux meilleures places en attendant SKYFORGER,  au son lourd du Funeral Doom de SHAPE OF DESPAIR (celui qui joue à plus de 60 BPM est fusillé sur le champ !). Les Lettons de SKYFORGER - en vêtements folkloriques - proposent un Pagan Metal teinté de passages plus extrêmes qui déchaînent la ferveur de la foule, d'humeur très batailleuse. Les textes (expliqués par le chanteur car écrits dans sa langue natale) parlent d'histoire récente ou médiévale et de mythologie balte. Le bassiste est un ''bon client" pour les photographes, posant à genoux, jouant allongé ou les yeux révulsés. Les choeurs guerriers sont de toute beauté et les gaillards savent motiver les troupes. Bref, mon coup de coeur de cette première journée, alors que j'ai vaillamment défendu ma place au deuxième rang.

  

   Petite pause pour le live report de Dark Skies Radio en salle de presse, au son du péroxydé BILLY IDOL (l'OVNI de ce festival, qui - malgré un chant pas toujours très juste - semble finir par emporter le morceau à force d'hymnes Rock FM / Post Punk qui font jouer à plein la nostalgie des festivaliers de plus de 30 ans).

   SODOM avec sa ''finesse" habituelle digne d'un char Maus (les connaisseurs de World of Tanks apprécieront !) dévaste la Mainstage 2, sans faire de prisonniers, bien évidemment ! Mention spéciale à un "Sodomy and Lust" sans vaseline...

   Un peu palot mais toujours solidement accroché à sa basse Rickenbaker, Sieur Lemmy lance les hostilités par le traditionnel "We are Motörhead ans we play Rock n' Roll !". Le rythme semble un peu ralenti mais la bête Mickey Dee et le guitariste Phil Campbel tiennent la baraque: "Stay clean", "Damage Case" ou encore "Metropolis" font toujours plaisir à entendre, même si Mister Kilminster tremble et prend des pauses tous les 2 ou 3 morceaux, laissant ses gratteux et batteur faire le show à sa place lors de soli pas piqués des hannetons. Les affriolantes PYROHEX sur échasses apparaissent dans le public durant un "Over the Top" qui donne envie de twister. Des nouveaux titres sont également joués, pas désagréables à entendre, mais moins enthousiasmants que les classiques (tels "Orgasmatron" qui est une assez belle surprise, ou "Going to Brazil" qui fait le taff...). Et pour finir, l'indétrônable doublette "Ace of Spade" / "Overkill" jouée à un tempo inhabituellement lent. Bilan: pas un mauvais concert en soi, mais certainement pas le meilleur du bombardier anglais, et même de quoi se faire du mauvais sang quant à la santé vacillante de Lemmy (rien n'est éternel, finalement...).

   A l'inverse, LAMB OF GOD (que je vois enfin après deux tentatives avortées en ces mêmes lieux) pète le feu de Dieu ! Randy Blythe apparaît carrément intenable, commençant par le fédérateur "Desolation" et l'enchaînement dévastateur "Ghost Walking" / "512" / "Walk with me in Hell", même si sa voix reste un peu sous mixée en début de set. Le reste du groupe est à l'avenant, balançant un Metal moderne typiquement ricain, évoquant un PANTERA mais en plus extrême et encore plus furibard (si, c'est possible et ça fait peur !!!). Le pit s'enflamme, secoué par de violents mouvements de foule. La pression ne retombe pas avec "Set to Fail", et le petit nouveau "Still Echoes" ne fait que jeter un peu plus d'huile sur le feu. Le batteur Chris Adler (portant un tee shirt de MEGADETH qu'il dépanne en ce moment pour un nouvel album) est un véritable monstre martyrisant ses fûts ! "Now you've got something to die for" (le bien nommé) fait éructer une fosse en ébullition, alors que "Laid to Rest" rappellera de bons souvenir aux fans du jeu Guitar Hero. "Redneck" et "Black Label" finissent d'enfoncer le clou: Randy peut désormais reprendre à son compte le Veni, Vidi, Vici de qui vous savez !!!

   Revenons à une douceur toute relative avec ALICE COOPER qui arrive sous une pluie d'étincelles, dans un costume très seyant et maniant la canne. On constate d'emblée qu'il y a trois guitaristes dont la charmante Nita Strauss (anciennement dans le coverband IRON MAIDENS) alors que le public entonne "No More Mister Nice Guy" à la suite du maître de cérémonie, suivi d'autres hymnes tels qu'"Under my wheel", "Million Dollar Babies" (le Coop' sort la cravache puis la rapière servant de brochette à billets) ou "Hey Stoopid", mais aussi des titres plus inattendus comme "I'll bite your face off" et l'entraînant "Lost in America". "Dirty Diamonds" est l'occasion de laisser ses zicos de talent s'exprimer, et c'est encore la belle Nita qui tire son épingle du jeu, alliant poses de tigresse et prestation technique bluffante (il faut dire qu'Alice ne recrute pas des brelles !!!) sans compter que la complicité avec son boss et ses collègues fait plaisir à voir ! Après Elin Larsson l'année dernière, assurément le coup de foudre 2015 (n'est-ce pas Caro ? ^^). Le show monte d'un cran dans le grand guignol à partir de "Welcome to my Nightmare" (impressionnant chapeau et costume d'épouvantail !), le fouet est de sortie sur "Go to Hell", l'uniforme de dictateur pour "Wicked Young Man", le chevalet électrique et le monstre animé qui en sort illustrent "Feed my Frankenstein" (mon titre préféré !), la camisole de force et l'infirmière vicelarde pour la doublette "Ballad of Dwight Fry" / "Killer" qui aboutit au climax de son Shock Rock: la guillotine qui décapite Alice durant "I love the Dead". Le bourreau embrasse la tête suppliciée mais Cooper revient en entier avec sa béquille pour un "I'm Heighteen" qui nous redonne une seconde jeunesse, tout comme le très beau "Poison" nous fait donner de la voix. Un logique "School's out" et sa pluie de bulles viennent clôturer les débats de la plus belle des manières, en y insérant même les extraits pertinents d'Another Brick in the Wall parlant d'éducation. Il ne reste plus dès lors au francophile Vincent Furnier qu'à saluer une foule reconnaissante. A 67 ans, le temps semble continuer à glisser sur lui sans le changer d'un iota: total respect !!!

   Retour à du son plus contemporain, en l'occurrence le Metal souvent mélodique de FIVE FINGER DEATH PUNCH, groupe qui cartonne outre-Atlantique. Or cette musique enjouée  et fédératrice cadre bien avec le contexte d'un festival en plein air. Les décors commencent à s'illuminer car la nuit tombe, or l'effet est saisissant, ce qui ne fait que renforcer l'impact de la reprise finale de "House of the Rising Sun" (THE ANIMALS).

   JUDAS PRIEST met les petits plats dans les grands en entamant son set par des feux d'artifices et la bande son de "Warpigs" (du Sab'), introduisant deux classiques ("Metal Gods" / "Victim of Changes") qui permettent de constater que Rob Halford est dans une forme olympique, poussant même quelques growls ! Le tout est entrelardé d'extraits du dernier album ("Dragonaut", "Devil's Child" mais surtout "Halls of Valhalla" - et son impressionnant backdrop de drakkar en flammes - ) qui confirment leur force de frappe en live. Le très 80's "Turbo Lover"- bien plus efficace sur scène qu'en version album - suit. A cette heure-ci, le lightshow est formidable ! Le six cordiste Richie Faulkner apporte vraiment du sang neuf au combo british: virtuose certes un brin poseur, il a de l'énergie à revendre ! "Redeemers of Soul" passe comme une lettre à la poste, "Beyond the Real of Death" nous file des frissons, le son étant par ailleurs quasi parfait. "Jawbreaker", "Breaking the Law" et "Hell Bent for Leather" (la Harley est de sortie) nous ramènent vers le côté Heavy traditionnel de la force. Premier rappel avec l'enchaînement  "The Hellion" / "Electric Eye" / "You've got another coming" qui poussent Rob à nous faire chanter de plus belle, ponctuant l'exercice d'un "Vive la France !" du plus bel effet. Deuxième salve de rappels avec un "Painkiller" de derrière les fagots qui voit Halford finir à genoux et un "Living after Midnight" fort à propos qui nous fait donner de la voix une dernière fois. Entre PRIEST et MAIDEN, la NWOBHM a encore de l'avenir !!!

   Après un nouveau (mais ultra violent) "Sarcastrophe" en guise de préliminaires, SLIPKNOT dégaine immédiatement un "The Heretic Anthem" qui ne peut qu'emporter les suffrages de la majorité, tuant ainsi tout suspense: oublié les mauvais souvenirs du Fury Fest, mis au placard les doutes liés au dernier album et aux changements de line up, car le gang de Desmoines est là pour en découdre ! Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a des arguments. Et tout d'abord, leur bouillant frontman Corey Taylor, spécialiste de l'alternance voix claires / cris gutturaux ("Psychosocial" / "The Devil in I" / "Vermillon") voire de la pure agression vocale ("AOV"), même si leurs morceaux ressemblent parfois à un chaos organisé. Alors certes, d'un point de vu musical, on ne voit pas toujours l'utilité des DJ et des percussionnistes (qui viennent cependant en renfort pour les "choeurs"), mais ils participent au show. La pyrotechnie se taille la part du lion, les percus sont sur des plateformes hydrauliques et les structures de scènes permettent aux gus de laisser libre cours à leurs folies (mais ils sont bien plus "sages" qu'en début de carrière, préférant se concentrer sur la musique plutôt que de risquer de se blesser) . Questions guitares, ça joue toujours sévère comme le prouve le trio "Wait and Bleed"/ "Before I Forget" / "Duality" (qui fait chanter l'assistance à la grande joie de Corey), mais la nouvelle section rythmique n'est pas en reste ! Les neufs déploient une énergie que le public lui rend au centuple, surtout quand on revient aux mythiques premiers albums: "Eyeless" et "Spit It Out", puis "(sic)" et "Surfacing" en rappel. C'est alors toutes les années 1999 / 2001 qui nous reviennent en mémoire, notamment lorsque le chanteur masqué fait s'accroupir la foule avant de la faire se relever au cri de "Jump the fuck up" !!!

   Une bien belle conclusion pour une bien belle journée (la plus intense du weekend, forcément !).

Concerts préférés: ALICE COOPER, JUDAS PRIEST, SLIPKNOT, LAMB OF GOD.

Coups de coeur: SKYFORGER, Nita Strauss, la Couille de Loup (bière réservée aux bénévoles).

Découverte: GLOWSUN, SYLOSIS, SAMSARA BLUES EXPERIMENT.

Déception: l'état de santé de Lemmy, le décors des Mainstages en journée.

J'ai loupé: ARMORED SAINT, VULCAIN, SHINING, SATYRICON (le meilleur concert du jour sous la Temple d'après certains), CRADLE OF FILTH (encore une sonorisation aléatoire, apparemment) , MELECHESH, ARKONA, CHILDREN OF BODOM, BLOODBATH (impressionnant Nick Holmes, paraît-il), DYING FETUS, MASTODON, ORCHID.

Samedi: Hot Stuff !!!

   J'arrive juste à temps pour bien démarrer cette journée; une fois de plus avec des Français (souvent abonnés aux ouvertures matinales), en l'occurrence ZUUL FX. Le public est par conséquent quelque peu clairsemé (on compte déjà des victimes des excès de la veille par milliers), mais compense par sa motivation ! Il faut dire que l'on va assister aux 30 minutes qui seront sans doute les plus efficaces du weekend. Fort d'un line up stabilisé et composé de zicos compétents (un jeune batteur aussi doué que démonstratif, un bassiste ultra carré et un gratteux qui n'hésite pas à taper le solo entre deux rythmiques à décorner les boeufs), le combo démolit tout sur son passage. Leur musique, mélange d'influences Néo, Cyber Metal et même parfois extrême, ne serait pas renié par FEAR FACTORY, dont le combo propose d'ailleurs la talentueuse relecture de "Demanufacture". Reprenant une bonne part de leur récent DVD live, les troupes de Steeve Petit (toujours aussi charismatique) réussissent à faire réagir l'audience, à grande coup de "Zombie Followers", "Beat the Crap Out" ou "I8U" qui font jumper les premiers rangs (dont j'ai la chance de faire partie). Sur le dernier titre, après avoir scandé le refrain, je me laisse aller à mon seul circle pit du weekend, qui me confirme que "je suis trop vieux pour ces conneries" !

   Ensuite, petit 'reposé'  dans le bois du Kingdom of Muscadet, au son du 'Punk Glam' (?!) italien de GUIDA puis du Metal progressif de HAKEN (il faut aimer les voix haut perchées). Après un live report au camping en présence des copains, retour sur MOTIONLESS IN WHITE qui cumule les clichés du Metal actuel américain, à savoir un Deathcore / Metalcore de bas étage (forcément, sans l'autotune, ça passe moins bien, surtout si on n'est pas un ado US...).

   La chaleur est encore plus écrasante que hier, le ciel d'azur est implacable (les malheureux qui s'endorment au soleil seront grillés à point !). Après une bonne glace, je trouve tout de même le courage d'aller voir GHOSTBRIGADE sur la Mainstage 2 qui propose un Post Metal très (trop ?) mélodique, mettant sans doute en avant ses travaux les plus récents et les plus soft. Il n'en demeure pas moins que c'est beau et maîtrisé.

   Ambiance très différente avec ACE FREHLEY et son Hard Rock mélodique assez basique. Si l'ancien six-cordiste de KISS ne ressemble plus à grand chose physiquement, musicalement il tient encore la route (du moins tant qu'il ne chante pas...), notamment en solo où il a encore de beaux restes. Il est d'ailleurs beaucoup soutenu par ses camarades qui font les choeurs et même le supplante au chant sur certains morceaux. Disons que ce n'est pas dérangeant pour faire la sieste, du moins jusqu'à ce qu'ils massacrent "Parasite", "Love Gun" et surtout un "Shock Me" pitoyable. Toujours dans un registre Hard Rock, mais nettement plus maîtrisé vocalement, les Scandinaves de BACKYARD BABIES continue de prouver qu'ils n'ont de leçons de Sleaze /Glam à recevoir de personne.

   Rien de tel qu'un bon AIRBOURNE (accompagné d'un grand café) pour se réveiller !  Hélas, après deux titres de ce Pub Rock survitaminé héritier d'AC/DC, les soiffards australiens sont brisés dans leur élan par des coupures de son (pourtant, le groupe et le public essaient de faire de leur mieux pour garder la flamme allumée). Les choses reviennent dans l'ordre avec un "Girls in Black" furibard. Joel O'Keefe, en bon frontman, en profite pour aller taquiner les premiers rangs sur le dos d'un roadie. Après un p'tit solo de gratte, les Aussies prouvent qu'ils sont aussi à l'aise dans un registre plus Heavy ("Cheap Wine and cheaper Women"), ou quand ils dégainent des mid tempi qui font remuer la tête en cadence ("Diamond in the Rough") voire des hymnes plus récents ("Stand up for Rock n' Roll"). Final sur "Running Wild" prolongé par des mesures de "Paranoïd" et "You've Got Another Thing Coming".

   Place aux marraines du Grunge, les punkettes féministes de L7 (appartenant au mouvement Riot Grrrl). Si l'âge les a marquées, elles restent pleines d'énergie et de rage, avec un son crade juste ce qu'il faut ! "Deathwish", "Andres", "Everglades" sont des vieux classiques de la musique destroy made in USA qui font bien plaisir. La batteuse Dee Plakas prend un pied évident, la bassiste Jennifer Finch saute dans tous les sens, la frontwoman Donita Sparks (chant / Guitare) a encore de la gniaque à revendre et de la présence scénique. "Monster", "Fuel My Fire" et "One More Thing" sont l'occasion de beaux bordels sonores."Slide" donne lieu à une blague sur les basses et les accordeurs, "Shove" met clairement les choses au point avant qu'elles foirent deux fois de suite l'intro de "Shitlist", mais cela fait marrer tout le monde, elles comprises ! "Pretend We're Dead" rappelle les meilleurs moments de Best of Trash (la mythique émission datant de l'époque ou le M de M6 signifiait encore "Musique"...), et l'on termine par un "Fast and Frightening" bourrin, Suzi Gardner ne semblant plus vouloir lâcher sa guitare. Un grand moment de fun mêlé de nostalgie (seul petit bémol, l'absence de "Stuck Here Again").

   Retour à la classe incarnée (le Hellfest, c'est aussi le festival des contrastes permanents) avec SLASH featuring le toujours impeccable Myles Kennedy et les solides Conspirators. Le guitariste au chapeau haut-de-forme fait encore des étincelles, que ce soit sur ses titres solo ("You're a Lie", "Avalon", "Back From Cali") ou sur le répertoire des GUNS (gros kiff sur "Nightrain" et encore plus "You Could Be Mine" version fuzz). Saul Hudson ressort la Les Paul double manche sur "In the Dead of the Night" (miam !), et le batteur la cloche à vache sur le nouveau "World on Fire" très efficient. Jolie intro acoustique néo classique sur une nouvelle double manche pour "Anastasia" (magnifique solo hispanisant), enchaîné avec un "Sweet Child O' Mine" qui déclenche des vivats. "Slither" de VELVET REVOLVER est l'occasion de présenter le groupe, Slash inventant un "Mer-fucking-ci" pour nous témoigner sa gratitude. Final logique mais définitivement fédérateur sur "Paradise City".

   Ma seule tentative vers la Warzone du jour sera un échec (et rebelote le lendemain, j'y reviendrai plus tard), l'accès et les lieux étant plus qu'engorgés. Dommage pour BODY COUNT, dont je n'aurai peut être jamais l'occasion de voir en live le Hip Hop Metal incendiaire. La mort dans l'âme, je me rabats sur le Pagan extrême d'ENSIFERUM toujours aussi enthousiasmant, même à l'extérieur de la Temple (merci l'écran géant !) car le son est très bon, idéal pour retranscrire les chants guerriers, repris à tue-tête comme il se doit !

   Il y a toujours un moment où la Blottière Conspiracy se retrouve. Cette année, c'est pour groover sous la Valley, au son enfumé d'ORANGE GOBLIN, égal à lui même. Comme si Black Sab' donnait envie de swinguer ! Changement radical (encore un !) avec les mythiques FAITH NO MORE que je vais enfin voir sur une scène (et je ne suis pas déçu car les joyeux drilles débarquent tous vêtus de blanc, entourés de fleurs !). Ils distillent leur Metal bigarré, tour à tour groovy, crooner, dansant, disco, violent, funky, bref complètement schizo ! Bel exemple avec "Be agressive" (et son refrain digne de cheerleaders délurées) ou "Caffeine", Mike Patton étant le plus fabuleux caméléon vocal. La basse de Billy Gould est gironde, Mike Bordin est impérial derrière ses fûts, et les claviers de Roddy Bottum habillent le tout. Ambiance cosy avec "Evidence" bien servie par un son cristallin. Nous prenons un pied monumental sur l'énorme "Epic", "Black Friday" slappe à tout va, avant un exceptionnel "Midlife Crisis" qui vire au délire easy listening avant de reprendre de plus belle. On passe à l'agression en règle avec "The Gentle Art of Making Enemies". Instant tendresse (ce concert, c'est un grand huit émotionnel) avec "Easy" pendant lequel Patton descend piquer un tee shirt à un membre de la sécurité ! Même le dernier album - qui m'a moyennement convaincu - est bien transposé en live ("Separation Anxiety"). "Cuckoo for Caca" (il fallait oser un tel titre !) révèle la face la plus brutale du groupe et les cris de possédés qui sortent de la gorge de ce cinglé de Patton, qui n'hésite pas à blaguer (il fait mine de s'étonner des flammes qui sortent des toits des bars, puis nous chahute en parlant de "Heavy Merde" ou de "Heaven Fest"). On termine en beauté par "We Care a Lot". Une légende de plus vue en live grâce au Hellfest: merci Monsieur Barbaud !!!

   Vers 23h, pour fêter les 10 ans du festival et remercier autant les festivaliers, les employés, les bénévoles que les artistes (musiciens, décorateurs, sculpteurs...), un magistral feu d'artifice de plus de 13 minutes vient émerveiller nos yeux de grands enfants. Bien sûr, il démarre sur "For Those about to Rock" d'AC/DC, se poursuit par "Satellite 15" d'IRON MAIDEN (par le biais de la voix spatiale de Bruce Dickinson), sert "Bohemian Rapsody" de Queen en plat de résistance (la foule en chante de larges extraits, ce qui fait dresser les poils sur les bras, avant de Headbanguer sur le fameux passage "Wayne's World"), pour terminer par "South of Heaven" de' SLAYER. Un moment magique d'intense communion entre Metalleux qui restera gravé dans la mémoire de beaucoup, à n'en pas douter !

   OBITUARY, ensuite, commence par l'efficace et désormais traditionnel "Red Neck Stomp" avant de nous envoyer son Death Old school bien gras et groovy, avec des rythmiques à faire pogoter un cul-de-jatte ! TAZZZZZZZZZZZZ !!! Pendant ce temps, SCORPIONS a l'air de balancer un show classieux et très visuel, comme je pourrais le confirmer 10 jours plus tard au Festival de Beauregard.

   Fin de journée avec VENOM, bien plus convainquant qu'en 2008 (sans doute notamment grâce à un bien meilleur batteur). Et puis les Anglais sont sans doute plus à leur place en tête d'affiche de la Temple plutôt que de clôturer une Mainstage après un show dantesque d'IN FLAMES. Le set est carré, bien mis en son et en lumière; idéal pour mettre en valeur la motivation de Cronos, bien décidé à faire participer les fidèles massés devant lui, que ce soit avec de nouveaux titres forts appréciables ("Rise", "Long Haired Punk", "Grinding Teeth") ou de vieux standards (l'écrasant "Warhead", le rassembleur "Countess Bathory", l'entêtant "Die Hard", "Thousand Days in Sodom" ou encore "Bloodlust"). Gros succès pour un "Welcome to Hell" fort ralenti qui sonne du coup très motorheadien, mais aussi pour un "Black Metal" à l'inverse speedé (mais pas de "In League with Satan", snif !). "Witching hour" vient clore les débats de la plus belle manière: VENOM en live vient clairement de remonter dans mon estime !

   Je termine ma journée en quittant le site sur "The Dope Show" de MARILYN MANSON, qui a l'air d'être plus impliqué que lors de sa dernière venue (ce qui n'était pas bien difficile...), mais j'aurais plus tard des échos très contradictoires concernant sa prestation globale.

Déception: ACE FREHLEY, n'avoir pas pu atteindre BODY COUNT.

Découverte: "Demanufacture" par ZUUL FX

Coups de coeur: Emmi Silvennoinen (la claviériste / choriste d'ENSIFERUM).

Moments préférés: Le feu d'artifice, SLASH, VENOM, FAITH NO MORE, ORANGE GOBLIN en famille.

J'ai loupé: MAYHEM (en très grande forme d'après Tiff', mon experte es Black Metal), FINNTROLL (jamais décevants), INFESTUS (très bons échos), TRIGGERFINGER (la grande classe, paraît-il, pour ses zicos en costards sous la Valley).

Dimanche: Steel, Sound and Sun.

    Je commence la journée par une belle découverte sous la Altar avec TRIBULATION, du Death nuancé, parfois doom, parfois presque prog', très bien joué et mis en son. On a même parfois l'impression d'entendre du ANATHEMA première période. Un apéro musical idéal ! Suit THE GREAT OLD ONES, sorte de grande invocation à la gloire de Cthulhu, en version Black Metal, misant donc sur les ambiances oppressantes ou spatiales.

   On sort de l'ombre bienfaisante des tentes où l'herbe est encore fraîche, pour affronter un soleil de plomb et le Thrash / Death de THE HAUNTED, avec un hurleur (Marco Aro) qui finit au contact des barrières. On ralentit le tempo avec le Black froid et caractérisé par des lenteurs menaçantes distillé par les peinturlurés de KHOLD, les bien nommés, même si leur set est traversé de fulgurances thrashisantes. Or ça contraste violemment avec la chaleur de RED FANG sur la Mainstage 1, qui lui fait dans le son bien 'fat' en balançant son Stoner tour à tour planant ou Rock n' Roll.

   J'aime bien le Melodeath de DARK TRANQUILITY, mais de jour et sonorisé de façon approximative, l'impact en est quelque peu diminué, même si la voix claire de Mikael Stanne est toujours aussi belle. Après la relative douceur suédoise, place au Black névrotique de CARACH ANGREN qui joue sur les ambiances lugubres habillant des blast beats épileptiques pour servir ses histoires horrifiques: quels musiciens (et quels claviers )! Encore une occasion de constater que le son de la Temple est souvent très bon.

   Après un point presse dans une carcasse de voiture en Backstage (avec EXODUS en fond sonore qui dévastait la Mainstage 2 avec la finesse d'un bulldozer blindé israélien), deuxième tentative vers la Warzone pour aller voir les Punk celtisants des RAMONEURS DE MENHIR, et deuxième échec du week-end: il faudra trouver une solution pour cet espace (et surtout son unique accès qui se transforme en goulet d'étranglement lors des fortes affluences) l'année prochaine, au risque de faire à nouveaux beaucoup de frustrés !

   Coincé entre le Sludge façon déluge de goudron dégueulé par EYEHATEGOD et le Death old school de MORGOTH, je patiente avant le show des pirates du Metal ALESTORM (très attendus par le public). Dès les premiers accords, c'est un festival de slams sous la Temple, blindée comme un oeuf, et même au delà ! Deux requins gonflables exécutent même un ballet aussi improbable que burlesque dans les airs. La foule avide de refrains à chanter donne de la voix dès le premier titre "Walk the Plank". C'est bien un des rares groupes où le son de clavier 'Bontempi' est adapté et supportable. Idem pour les passages 'façon accordéon' bien festifs, et ce ne sont pas "The Sunk'n Norwegian" ou "Shipwrecked" qui vont calmer le jeu ! Peut être le concert du week-end où les gens auront le plus tapé dans les mains ! "Magnetic North" est plus mélodique, mais "That Famous Ol' Spice" relance la machine à guincher. "Nancy the Tavern Wench" met (littéralement) la foule à genoux: quand ça parle alcool au Hellfest, tout le monde écoute ! C'est carrément la fête sur "Keelhauled". On a même droit à un épique "1741 (The Battle of Cartagena)". Sans oublier, la phrase du jour: "We Come Here to Drink your Beer" ("Drink", en toute simplicité) ! Et on termine carrément par un "Rum" qui se passe de commentaire. Un concert vraiment fun !

   Il est agréable de constater qu'EPICA est placé de plus en plus haut sur l'affiche au fil des Hellfest, auquel il participe pour la 3ème fois en 10 ans, signe de son ascension aussi régulière que méritée. Le vent s'est levé, et s'il apporte un rafraîchissement bienvenu, il rend la sonorisation un peu aléatoire, en tout cas au début. Du moins entend t-on parfaitement Simone Simons, l'ange roux étant très en voix ce soir. Et son alter ego masculin Mark Jansen, qui se charge de l'essentiel des growls n'est pas en reste, demandant même un moshpit ! Le dernier très bon album The Quantum Enigma sera mis à l'honneur avec pas moins de 5 titres (et une intro): "Originem, The Second Stone, The Essence of Silence (un titre vraiment excellent), Chemical Insomnia, Unchain Utopia et Victims of Contingency".  Deux morceaux de The Divine Conspiracy (l'épique "The Obsessive Devotion", le très beau "Sancta Terra") sont aussi au programme. Ainsi que des hits de trois de leurs autres albums: "Martyr of the Free World" et son solo fulgurant, le classique "Sensorium" (spécialement dédicacé aux fans français qui ne sont pas pour rien dans le succès européen du combo néerlandais dans le circuit depuis 13 ans), repris à tue-tête par la foule, et l'éponyme "Consign to Oblivion" en guise d'au revoir. On peut constater que le groupe batave sait balancer des rythmiques puissantes, idéales en festivals, entre deux envolée lyriques, le tout soutenu par des orchestrations somptueuses. Simone s'est facilement mis le public dans la poche par un "Je vous aime" (nous aussi, Simone, nous aussi...). Chose inhabituelle pour un groupe de Heavy sympho, des circle pits et wall of death émaillent le parterre, signe que les Hollandais vont au delà du simple 'Metal à chanteuse', de par la qualité des musiciens, mais aussi par leurs incursions sur les territoire du Death voire du Black. On notera enfin que Requiem for the Indifferent, l'album qui fait le moins l'unanimité, n'est représenté par aucun extrait ce soir. Allez, encore un petit effort et on pourra les voir de nuit en Open Air !

   Après le chaud, le froid souffle de nouveau avec l'Electro Black de SAMAEL devant un public moins nombreux mais composé d'amateurs. Les synthés souvent 'religieux' renforcent l'atmosphère de techno-messe noire. On continue d'ailleurs dans la noirceur avec le Doom fumé et psyché de SAINT VITUS, avec son chanteur originel Scott Reagers, donc des titres anciens, idéals pour se poser, bercé par des sonorités ténébreuses et ronflantes. Ainsi requinqué, je pars en quête d'un VRAI burger (il en existe à proximité de l'espace VIP mais l'attente est hélas très longue car les petits malins se sont refilés l'adresse), parce qu'on ne peut pas dire que la bouffe proposée par le HELL' SNACK soit nourrissante ni même satisfaisante... Et hors de question de filer ma thune à Quick qui a un camion près de la taverne Warcraft (ça, c'est une initiative sympa !), refusant de me faire extorquer 8 euros pour un sandwich et des frites en carton... Dans l'intermède, j'ai entendu IN FLAMES de derrière les scènes et vu quelques bouts de leur prestation sur écran (en sirotant un Jack-glaçon): si je ne suis pas fan de leurs derniers albums, les plus anciens titres déboîtent toujours en live,  d'autant que le light show qui profite de la tombée de la nuit est une fois de plus à la hauteur (avec en bonus la pyrotechnie qui va bien).

   Feux d'artifices également pour introduire le concert de KORN qui commence par un "Blind" réjouissant. Le gang de Bakersfield va jouer l'intégralité de son premier album éponyme, pour la plus grande joie de ses fans. Même pour quelqu'un qui n'est pas fan de Nu Metal (c'est mon cas), on ne peut nier que l'effet nostalgie joue à plein, mes années en tant qu'élève dans l'enseignement secondaire ayant été marquée par cette vague musicale. Si par le passé, KORN s'était déshonoré au Hellfest, il vient en deux essais de remonter dans l'estime des festivaliers, avec des shows efficaces et convaincants: Jonathan Davis est littéralement possédé (même la coupure de son qui l'oblige à recommencer "Clown" ne semble pas le refroidir), Ray Luzier fait du bon boulot à la batterie, et le duo Munky / Head fonctionne de nouveau à plein régime, sans compter la basse slappée et rugissante de Fieldy. Le public est à fond, et il éructe sa joie quand Davis s'empare d'une cornemuse pour lancer "Shoot and ladders" qui réveille l'ado qui sommeille dans chaque trentenaire de l'assistance. Mais KORN semble avoir aussi trouvé des adeptes dans les jeunes générations actuelles. Un "Daddy" plein d'émotion et de rage clôt cette madeleine de Proust version Néo Metal, avant que le rappel n'amène des extraits des deux autres albums qui ont fait le succès des californiens, à savoir "Falling Away From Me" et "Freak on a Leash"qui ne souffrent aucune contestation.

   Mais le gros morceau de ce soir, c'est le show (dans tous les sens du terme, vu le nombres de flammes qui vont éclairer les planches !) de NIGHTWISH. Malgré un dernier album qui fait polémique, les Finlandais restent une vraie machine de guerre en live, bien aidés par une irréprochable Floor Jansen (leur valkyrie néerlandaise) et un nouveau batteur qui semble avoir trouvé ses marques. La ferveur des fans fait le reste. Et puis les airs celtiques de Troy Donockley sont idéaux pour faire chanter et danser les foules (bien que l'horaire en ce dernier jour de festival fait que certains ont déjà quitté les lieux, pour mon plus grand plaisir puisque je peux m'avancer jusqu'à 20 mètres de la scènes !). De la setlist, on retiendra notamment "Amaranth" (désolé Anette Olzon, mais même sur ce morceau, Floor est meilleure !), "She is my Sin", l'enthousiasmant "Storytime" (popularisé par le DVD enregistré au Wacken), le dansant "I Want my Tears Back" et surtout la vieillerie "Stargazer" qui comble de plaisir les diehard et ne fait pas honte au travail de Tarja. Le point culminant est atteint sur le final du fabuleux "Ghost Love Score" (et son 'floorgasme' terminal), avant que le bien nommé "Last Ride of The Day" en rappel vienne mettre un heureux terme à ces 3 jours de musique, de soleil, de joie et de fête entre amis.

Déceptions: Le Hell' Snack, les difficultés d'accès à la Warzone.

Découvertes: TRIBULATION, KHOLD, THE GREAT OLD ONES.

Coups de coeur: ALESTORM

Concerts préférés: EPICA, NIGHTWISH, KORN, CARACH ANGREN.

J'ai loupé: CAVALERA CONSPIRACY (vu sur Arte Live Web, ils sont en forme, surtout Igor !), ETHS (quid de leur nouvelle chanteuse ?), IN EXTREMO (ils ont encore mis le feu, me suis-je laissé dire), TRYPTIKON (je les verrai au Motocultor), AT THE GATES, SUPER JOINT RITUAL (désolé, Tonton Phil' !).

Bilan: Top of the Bill.

   On peut clairement dire que cette dixième édition était un succès annoncé (sold out en quelques semaines) et qu'elle a globalement tenu ses engagements: niveau d'accueil, diversité et qualité des concerts, ambiance festive... Les investissements faits se sont clairement ressentis, le site étant sans doute l'un des plus beaux et des mieux équipés d'Europe. On atteint clairement le niveau de professionnalisme du Wacken, et seul la limitation de l'espace (on ne peut pas dégommer des hectares de vignobles pour agrandir le site, ni en changer car les aménagements faits seraient alors perdus) fait que le Hellfest reste sensiblement plus modeste en terme de fréquentation. De toute façon, avec environ 150 000 personnes au total sur 4 jours, on atteint déjà un beau score, et le dépasser ne serait pas raisonnable vu les capacités d'accueil de Clisson et ses infrastructures déjà saturées (bouchons à l'arrivée et au départ, certains parkings à une demi heure à pied du site, ce qui est galère surtout quand on est chargé comme des mulets).

   Restent les points polémiques: le Hellfest s'embourgeoise, et on peut comprendre que ça ne plaise pas à tout le monde (le Hellfest Club, et surtout le concept du "easy camping" en complète opposition avec "l'esprit festival" et qui a fait se gausser nombre de passants). Et si la déco très travaillée (saluons encore une fois le travail colossal des artistes) donne une identité visuelle forte au Hellfest, il faut avouer que de jour, ça fait un peu (trop ?) fête foraine, alors que de nuit, le côté ambiance post apocalyptique l'emporte (le feu, ça a toujours été le dada des Metalleux ^^). Côté organisationnel, le réaménagement de l'espace devant les Mainstages et l'organisation des trois tentes (Altar / Temple / Valley) est une réussite. Reste le problème de la Warzone quand elle est prise d'assaut: vu qu'apparemment elle ne peut être élargie (parce que cernée par les vignes), il faut soit organiser deux accès (un pour l'entrée, un pour la sortie) pour éviter l'effet "corridor de la mort", soit permuter avec l'espace restauration situé à côté de la cathédrale (mais est-il assez vaste et y a t-il un risque d'encombrement de l'entrée ?).

   Enfin, pour ce qui est des perspectives d'avenir, on risque une "Wackenisation", puisque les 5000 places à 140 euros sont parties en moins d'une journée et que la mise en vente du reste des précieux sésames en septembre (avec une disparition des pass / journée ?) se fera AVANT l'annonce de la prog' (même partielle), sans compter qu'elle sera sans doute sold out dans le mois... Sauf pour ceux qui roulent sur l'or, un sérieux dilemme va donc se poser à nombre d'entre nous (même si, fidèle depuis le début au fest, je pense que je prendrais sans doute ma place). Pour ce qui est de l'affiche, on commence à avoir fait le tour des grosses têtes d'affiche, donc comment se renouveler après cette "édition best of". Comme "clients", il ne reste plus que METALLICA et / ou AC/DC (mais trop cher et /ou trop compliqué, surtout si cela doit changer la philosophie du fest, à savoir une sélection pléthorique et très éclectique, réunissant un public très familial ET des amateurs très pointus) mais bon, si le ticket doit dépasser les 200 voire 250 euros..... Heureusement, il en reste quelques autres que l'on espère voir et qui sont depuis longtemps dans le collimateur de Ben Barbaud: RATM, SOAD, TOOL, RAMMSTEIN. Les pronostics sont ouverts !!!

PS: pour ceux qui pensent que "Le Hellfest, c'était mieux avant", il y a encore le Motocultor, le Sylak, le Fall of Summer (pour ne parler que de la France)...